Photo © Stéphane Ouzounoff

Par miracle je vis. Mon regard épouse le champ premier de cette vision : la lumière s’arrondissant comme une goutte, accrochée à l’ombelle des cils. Au-delà de l’ornement, mes yeux recueillent ce monde scellé enfin éclos. Par le corps, l’arbre vivant de ma mémoire revendique sa sensibilité au vent, aux saisons, à la sempiternelle présence des morts en moi. Je vis, je vois et je suis. Je participe à l’avènement de chaque instant : cette table où le livre ouvert balbutie une présence, la discrète fissure dans l’encadrement de la fenêtre et l’irrégularité du voile qui me sépare de l’autre pièce.

 

L’ombre à côté n’est qu’un défaut de lumière, ou plutôt la preuve d’une présence. Quelqu’un vient. Je viens à moi. Ce que je suis est cette œuvre à venir, commencée dès le sein maternel, irriguée par les âges, les cœurs pleins, l’ambre de la chaste connivence avec l’éros remis sur le métier. Mon métier est de vivre et je suis née pour relier.

 

Morina Mongin, Les Mains sauves, prologue.

 

 

faire et exister

l’âme les unit

celle du sens

toute attentive

un cœur toujours battant

grâce au métier

une justesse farouche

dévouée obstinée

il s’agit de voir

l’avenir à l’avance

dans l’acte engagé

quelque chose se lève

c’est le futur déjà présent

l’œil dessus dessous

voit l’unité

 

Bernard Noël

« Un peu d’ici encore «  (extrait),

avant-poème à Touchez-voir

recueil de Morina Mongin

avec 3 gravures à la pointe-sèche signées Miloslav Moucha,

LRC, Paris, 2018.